Antananarivo (Tananarive)

"La ville des mille collines sacrées"

Vue sur Tananarive (Antananarivo), Madagascar

Introduire cette "capitale entre collines et rizières", où on ne sait parfois pas où finit la campagne et où commence la ville, par un des vestiges de son architecture passée et de ses cellules sociales qu'est le "tamboho" ne serait pas une hérésie. Carrées ou parfois d'un cercle parfait, ces enceintes traditionnelles n'avaient pas besoin de fondation, se suffisant de l'art de leurs constructeurs à composer un agrégat de latérite, d'herbes sèches, de bouse de vache et de sable de rivière prêt à défier les siècles. Les plus impressionnantes se rencontrent dans l'Avaradrano dont les villages qui s'appellent Ambatofotsy, Lazaina et autres Manandriana sont parmi les plus beaux de l'Imerina.

C'est de là qu'Andrianampoinimerina est parti à la conquête d'Antananarivo après en avoir longtemps rêvé sur le rocher d'Ambatomiatendro en haut de la "Colline Bleue" d'Ambohimanga, où il vécut de 1787 à 1810. Génie purement malgache ne devant rien à aucune influence extérieure, ce roi illettré tenait ses conseils des ministres, conçut tout le système hydraulique de son royaume, institua les marchés et créa un code civil et un code pénal dont s'est inspirée la justice malgache moderne. Sa case est bien modeste à côté des deux pavillons en bois construits pour Ranavalona II. Dans le second dont les vitres et les glaces furent importées d'Angleterre, l'heure du thé était une institution, pour faire comme ces dames en robe à crinoline d'au-delà des mers…

Architecture de Tananarive (Antananarivo), Madagascar

La configuration d'Antananarivo est à sa manière un cadran à remonter le temps. Zones résidentielles discrètes et cossues, nouveaux aménagements paysagers, centres commerciaux et unités industrielles, voies larges qui ont noms Boulevards de Tokyo ou de l'Europe, des pans entiers de la périphérie tendent à s'uniformiser avec toutes les métropoles modernes. Cet environnement en perpétuel mouvement peut pourtant réserver d'immuables surprises comme, derrière une… cimenterie, le seul site Ramsar privé au monde. Ce Parc Tsarasaotra, un havre de paix immortalisé par l'image d'un bouquet d'oiseaux qui a fait le tour des rédactions touristiques, est une étape que manquent rarement les ornithos car fréquentée par plus de 60 espèces dont près de la moitié sont endémiques.

La Ville Basse parle peu de son passé, occulté il est vrai par celui des hauteurs considérées comme le vrai dépositaire de l'âme d'Antananarivo. Qui, pourtant, n'aurait pas un sourire intéressé en apprenant que jusqu'au 19è siècle il était possible pendant les inondations de relier Analakely et Ivato en pirogue, en contournant le tertre d'Antanimena ? Ou que l'Avenue de l'Indépendance, à l'origine Avenue Fallières, a été tracée en 1912 mais n'a été dotée qu'en 1935 de ses arcades, une idée méditerranéenne importée de son Oranie natale par le Gouverneur Cayla ? On préfère s'attarder sur le côté ville-pyramide de Tana, comme le photographe Jacques Hannebique pour qui "il faut en avoir grimpé les escaliers aux mille marches à en perdre le souffle, dévalé les ruelles raides et tortueuses pour se retrouver à Mahamasina, et y avoir vu les jacarandas du lac Anosy en fin d'année pleurer sous l'orage leurs larmes violettes…" Les escaliers d'Antananarivo, combien sont-ils au juste, cent, deux cents, un peu plus ou un peu moins, des oeuvres monumentales aux simples passages obligés entre deux niveaux ?

Le Rova de Tananarive (Antananarivo), Madagascar

On n'en voudra à personne de leur préférer la commodité des rues en lacet pour atteindre "La Haute" comme on appelle ici la Vieille Ville. Berceau d'une capitale qui n'est plus loin des 2 millions d'habitants, on y trouve encore quelques traces des premières implantations comme les fossés, une des 7 portes de la Cité Royale, et même un "tamboho" greffé sur un soubassement en pierre de l'époque vazimba du 15è siècle. Mais la majesté de la Vieille Ville a, au fil du temps et de l'Histoire, pris forme avec l'ouverture du royaume sur l'extérieur et l'arrivée de bâtisseurs étrangers. On pourrait citer pêle-mêle les belles demeures bourgeoises souvent à colonnade, le Palais de Justice d'Ambatondrafandrana, les "memorial churches" et les cathédrales en pierre de taille, le Palais du Premier Ministre avec sa coupole de verre, et surtout le Palais de la Reine ravagé par un incendie dans la nuit du 06 Novembre 1995. Depuis, une association commémore chaque année le drame sur le thème des "Bruits du Silence". Les meilleurs spécialistes nationaux et étrangers de la restauration de patrimoine ont été à son chevet pour sa reconstruction. Derrière les 5000 m2 d'échafaudage, un travail de fourmi s'est mené avec la technologie appropriée. Ses quatre tours ont été ressuscitées et veillent de nouveau sur la Ville des Mille...

Texte : Thompson Andriamanoro
Photos Pierre-Yves Babelon

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