Morondava

La capitale du Menabe

Coucher de soleil sur l'allée des baobabs à Morondava, Madagascar

Avec leur air de géants tombés sur la tête, on les surnomme les “racines du ciel” Les baobabs ont aussi retenu la terre de Morondava pour planter leurs vraies racines, du petit Adansonia Fony de - seulement 5 mètres à l'Adansonia Grandidieri culminant à 30 ou 40 mètres sur l'Allée des Baobabs. Les feuilles et les fruits se consomment bouillis et permettent de fabriquer de l'huile. L'écorce sert à confectionner des cordes, la sève rentre dans la préparation du papier. On connaît moins l'autre vertu des baobabs : à 12 km de Morondava, l'un d'eux âgé d'au moins 1000 ans est tombé il y a quelques années. Un vieillard du village voisin l'affirme, l'arbre n'existe plus mais l'âme des ancêtres qui l'habitait est toujours là…

C'est vers 1860 que se serait esquissée la toute première coopération franco-malgache en matière de construction navale et de commerce par mer. Il revint à un charpentier breton et à ses trois fils d'introduire la goélette sur la Côte Ouest de Madagascar et elle y est toujours, avec pour autre date charnière 1913 qui vit l'ouverture d'un atelier de charpenterie navale à Morondava. Avec le boutre d'origine indo-arabe – la Mer Rouge de Monfreid n'est pas si loin ! – elle est devenue un héritage transmis de génération en génération chez les Vezo dont les matériaux utilisés sont les bois durs de “nato” et de “tanin'akanga”. Spectacle insolite que celui, à marée basse, de boutres amarrés à un piquet se coucher lentement sur le flanc comme pour une sieste méritée. Pour peu on s'attendrait à les entendre ronronner…

Goélette à Morondava, Madagascar

Betania, un petit village de pêcheurs au sud de Morondava. Laissons les longues distances à ces nefs garantissant l'ivresse de l'aventure plutôt qu'un confort dont bien peu se soucient, pour revenir à l'immuable pirogue à balancier. La vie reprend ici son cours dès le lever du soleil, quand les "hommes de la mer" font glisser leurs esquifs sur le sable avant de hisser les mâts. Les techniques de pêche sont restées les mêmes avec le filet, la traîne, et le trident. Ferrer un thon ou un espadon n'est pas toujours une mince affaire, obligeant parfois le pêcheur à s'attacher son fil de nylon à la taille ! Les retours en fin d'après midi sont un moment de vie très coloré avec les ribambelles d'enfants, les collecteurs, les épouses dont beaucoup portent leur masque de beauté couleur ocre. Il reviendra aux femmes de faire la tournée des restaurants et des marchés de la ville.

Morondava et cette région du Menabe entre Mangoky et Manambolo ne sont pas “que” la mer quand bien même cette dernière en serait la main nourricière. C'est ici que les Maroseranana implantèrent l'un des deux grands royaumes sakalava, dont les reliques des souverains sont religieusement gardées dans leur sanctuaire à Belo sur Tsiribihina. A l'ouverture de chaque Fitampoha, elles sont transportées par des officiants en pagne et bandeau rouge à Ampasy où elles resteront une semaine dans un “rivotse” de toile blanche. La lune sera alors pleine et le soleil mourant rouge, comme pour ajouter une touche d'irréel au lancinant enchaînement de chants, de danses, de luttes traditionnelles. Lors du bain des Reliques Sacrées, moment fort de la cérémonie, il est interdit de se chausser ou de traverser le fleuve Tsiribihina, en plus d'autres “Fomba” ou rituels sur lesquels veille un protocole pointilleux.

Texte : Thompson Andriamanoro
Photos Pierre-Yves Babelon
Remerciements à Espace Mada, Baobab Café

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