Majunga (Mahajanga)

“Un endroit qui guérit”

Sur le front de mer de Majunga, Madagascar

Dans l'avion à l'approche de l'aéroport d'Amborovy, le regard du passager est intrigué, à travers son hublot, par une immense tache rougeâtre tranchant sur le bleu de la mer sans s'y mêler. C'est le sang de la terre, charrié jusqu'à son immense delta près de Majunga par le fleuve Betsiboka déjà gonflé en amont par une infinité de cours et de ruissellements qui, tous, participent à l'hémorragie. A l'index bien sûr, une déforestation dénoncée à l'entrée du Parc d'Ankarafantsika à 115 km de la Cité des Fleurs par 12 sculptures faites intentionnellement dans du bois précieux saisi sur des trafiquants.

Boutre au port de Majunga, Madagascar

Les aînés sont formels, le nom retrouvé de Mahajanga n'est pas une malgachisation du français Majunga. Parmi les versions relayées par une riche tradition orale figure celle d'un seigneur dont le fils aurait été sauvé par un médecin portugais établi dans la cité. Son exclamation "Mahajanga ankitiny ity tanàna ity" (c'est vraiment un endroit qui guérit !) est passée à la postérité. Quant au portugais, l'histoire raconte qu'il aurait prié un de ses voisins du nom de Boana Oumar, originaire d'Afrique de l'Est et réparateur de bateaux de son état, de bien vouloir caréner ailleurs car ses coups de marteau l'importunaient dans sa docte occupation. Ainsi est né le village de Boanamary, là-bas à l'embouchure du fleuve...

Pirogue sur la plage d'Antsanitia, Madagascar

Majunga a un cachet bien à elle avec ses îlots d'architecture musulmane, ses maisons d'une autre époque, ses boutiques indiennes aux portes ouvragées, ses arcades salutaires quand le soleil réputé généreux est à son zénith. A côté de la quasi-permanence du beau temps et des commodités d'accès, les aoûtiens trouveront à leur coup de coeur une kyrielle d'autres bonnes raisons avec souvent comme point commun les plaisirs simples. Katsepy par exemple, atteint après une paisible traversée en bac, une sorte d'écran naturel auquel on se met à imaginer d'autres utilités en cas bien improbable de...tsunami ! La Corniche réhabilitée et embellie, incontournable lieu de rendez-vous du soir où on trouve alors de tout, des savoureuses grillades à cette crêpe à base de coco appelée "boatamo". Le Cirque Rouge, une imprévisible féerie de la nature avec sa gamme d'argiles aux couleurs de l'arc-en-ciel. Les voyagistes parleront de plus en plus du littoral d'Ampazoana et d'Antsanitia comme du véritable moteur du tourisme international à Majunga, et certains scientifiques se désoleront qu'on ne fasse pas autant dans leur sphère des fossiles entiers de dinosaures découverts du côté de Berivotra. Mais la beauté peut aussi être sous terre avec les grottes d'Andranoboka près de l'embouchure de la Mahajamba, les voûtes de leurs salles immenses, leurs concrétions allant des plus fines aiguilles aux piliers épais de plusieurs mètres.

Avec le Fanompoambe qui mobilise sa diaspora du monde entier, Majunga a l'exact pendant du Fitampoha. Les reliques des 4 frères Andriamisara, souverains du royaume du Boina, sont constituées de leur mâchoire et d'une vertèbre. Lors d'une cérémonie haute en couleur truffée d'obligations rituelles dont la moindre n'est pas celle de toujours pénétrer du pied droit dans l'enceinte sacrée, elles sont baignées dans le sang d'un taureau et portées 7 fois autour de leur "zombabe" avant d'y être de nouveau enfermées. Le problème est que leur garde est depuis toujours revendiquée par deux clans aussi légitimes l'un que l'autre, mais ceci est une autre histoire, en passe de devenir une petite tradition dans la grande...

Texte : Thompson Andriamanoro
Photos Pierre-Yves Babelon
Remerciements à Coco Lodge

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