Le Grand Sud

"La côte du Capricorne"

Appelé "la côte du Capricorne" en raison de sa situation géographique juste en dessous de la ligne du tropique du Capricorne, le Grand Sud est le parcours mythique pour tout amateur d'aventure authentique au cœur de la brousse malgache, dénué de toute notion de temps et de stress.

La piste côtière du Grand Sud malgache

Le trip commence à Fort Dauphin, Tolagnaro ou encore Tôlanaro, une des plus belles régions de Madagascar de par sa diversité de climats et de paysages et chargé d'histoire. De cette région de l'Anosy (de "nosy", île en malgache) trône une chaîne montagneuse du même nom, séparant brutalement une région humide et luxuriante à une autre d'une grande aridité. Les locaux les surnomment "les deux mondes", séparés par le col de Ranopiso et le Parc National d'Andohahela. Un passage au lac Anony s'impose, grand lac salé aux vestiges de villégiatures du temps de la colonisation où œuvrent pêcheurs et récolteurs de sel au milieu des flamands blancs, et cerné d'immenses dunes de sable blond se jetant dans la mer. C'est un paysage époustouflant.

Une fois passé Ambovombe, capitale de l'Androy, par une route autrefois goudronnée mais en très mauvais état commence enfin la piste côtière, sablonneuse et droite, jonchée de cactus, baobabs, palmiers trièdres et autres épineux. C'est aussi à partir d'ici que l'on perd toute notion de modernité à l'heure du téléphone connecté. Les rares rencontres sont des charrettes à zébu permettant de se déplacer jusqu'au marché du village voisin, pourraient nous rappeler à un autre temps.

Le phare de Cap Sainte Marie, Madagascar

En piste pour Betanty, appelé Faux Cap en raison d'une erreur de navigateurs portugais qui l'avait pris pour la pointe Sud de l'Île. C'est un village de pêcheurs bordé d'un lagon de 20 km et d'une plage de sable blanc où les tortues marines viennent pondre leurs œufs. Un bout du monde paisible encore préservé du tourisme de masse. C'est à Cap Sainte Marie (ou Tanjona Vohimena), non loin de là, que revient la distinction de cap méridional, avec son phare et sa réserve de 1750 hectares, peuplé de tortues terrestres dont la fameuse tortue étoilée ou "radiata". C'est le lieu de rencontre de deux mers : le canal du Mozambique et l'Océan Indien.

Lavanono, village de pêcheurs très animé au fond d'un immense canyon formé il y a 4800 ans par la chute d'une comète au large et entraînant une vague de 182 mètres de hauteur et ramenant des dépôts de sédiments sur la terre ferme. C'est également un spot de surf de renommée mondiale avec la "gauche" de Lavanono. Gigi, ex champion de surf et écologiste dans l'âme, a largement contribué au développement du village en amenant une route, de l'eau, une école…

Tombeau Mahafaly, Madagascar

De Lavanono à Itampolo, toujours de la piste, toujours du sable, même les deux fleuves taris à traverser dans leur lit sont ensablés. Le trajet pourrait paraître interminable s'il n'y avait pas le long du chemin de grands tombeaux Antandroy puis Mahafaly, art funéraire aux peintures mi-naïves, mi-réalistes ornés de stèles (ou Aloalo), retraçant la vie du défunt. Ces peuples y sont très attachés et entretiennent ainsi le culte des ancêtres. Itampolo est un grand village avec les pêcheurs Vezo côté mer et agriculteurs-éleveurs Mahafaly côté terre. Le paysage y est somptueux avec ses dunes de sable blanc sculptées par le vent et paraissant immaculées, avec pour toute forme de trace humaine quelques pirogues de pêcheurs disséminées ici ou là.

Cette piste interminable mènera à Anakao, village situé quasiment au point de passage du tropique du Capricorne, né de la sédentarisation des pêcheurs Vezo, autrefois nomades, étant une escale des piroguiers durant les campagnes de pêche. En face la petite l'île de Nosy Ve, sanctuaire du phaéton à queue rouge, plus connu sous le nom de paille en queue. Ces oiseaux marins viennent de toute le région pour y pondre leurs œufs. Il ne reste plus que d'Anakao à rejoindre Tulear qui peut se faire par la piste qui devient plus dure, longue et caillouteuse pour les plus courageux ou de l'effectuer par la mer par temps calme, aussi bien en vedette hors bord qu'en pirogue. A Tulear, ce seront des charrettes à zébu immergées qui s'occuperont du débarquement.

Texte et photos Pierre-Yves Babelon
Remerciements à Evasion sans Frontière

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