Diego Suarez (Antsiranana)

"La 2e plus grande baie du monde"

Des villes malgaches à patronyme lusitanien on n'en trouvera jamais qu'une seule et elle est tout là-haut dans le nord. Une première tradition parle de deux navigateurs, Diego Diaz et l'Amiral Suarez qui auraient jeté l'ancre dans sa rade à six années d'intervalle au début du 16è siècle. Deux cailloux à l'entrée du lagon de la Mer d'Emeraude portent toujours leurs noms. Gaspar Correa dans ses Lendas da India relate pour sa part le périple d'un certain Diego Soares envoyé en 1543 de Cochin par le douzième gouverneur de l'Inde Martin Alfonso de Souza. Trois "parrains" tout aussi peu recommandables dont Diego-Suarez s'est débarrassée en retrouvant son nom malgache d'Antsiranana. Mais rien n'y fera, car quelque part Diego sera toujours Diego… La ville à la situation très stratégique bascula dans la tourmente de la Deuxième Guerre Mondiale avec les affrontements meurtriers entre les autorités coloniales d'obédience pétainiste et les forces britanniques. Au cimetière anglais très bien entretenu, sont alignées 300 tombes de soldats anglais, africains, et indiens tombés dans ces journées de Mai 42.

La ville de Diego Suarez, Madagascar

Bien étrange plan que celui dessiné pour cette ville semblant tournée vers l'intérieur, sans route de corniche alors qu'elle possède une des plus belles baies du monde ! Peu importe en fait, puisque Diego est avant tout une atmosphère unique, et qu'il faut y apprendre tant de choses : laisser les mâcheurs de khat à leurs joues en boule pendant les heures de brûlante torpeur, côtoyer dans quelque coin de trottoir les consommateurs de "sabeda", une sorte de soupe de riz accompagnée de brochettes et de rougaille de mangues vertes râpées, se fondre parmi les élégantes sakalava, les yéménites arrivés d'on ne sait où et on ne sait plus quand, les comoriens en fez et babouches au quartier populaire de Tanambao, ne surtout pas se presser dans la douceur retrouvée d'une fin d'après-midi... La ville sait aussi comme pas une ressusciter des temps qui ne sont plus, avec les colonnades de la Rue Colbert, le fantôme de l'Hôtel de la Marine envahi par la végétation, la Place Clémenceau où l'on venait s'enivrer de flonflons les veilles de 14 Juillet, celle de l'Amiral Ronarch, au pied de la statue du Maréchal Joffre, qui permet à la vue de s'évader plus loin que les alignements de conteneurs, plus loin que les grues, plus loin que la ville...

Le Pain de Sucre de Diego Suarez, Madagascar

Plus loin, c'est l'immensité de la Baie avec le cône parfait de son Pain de Sucre, dont un opérateur regrette qu'elle ne soit pas suffisamment exploitée. Ce sont les hauteurs de la Montagne des Français avec son Chemin de Croix et l'échancrure de la grotte d'Anosiravo. Ce sont Orangea et Ramena, les plages préférées des citadins pour des fins de semaine réussies. C'est Windsor Castle dont le panorama va jusqu'au Cap d'Ambre au Nord, les contreforts de la Montagne du même nom et son Parc National au Sud... Ce sont des sites qui se conjuguent encore partiellement au futur, comme la Mer d'Emeraude, bien connue certes des dilettante, mais découverte depuis peu seulement par les grands champions de windsurf comme étant un des meilleurs spots au monde, grâce à l'Air Madagascar Windsurf Challenge. Ici sont passés des noms qui font référence comme le double champion du monde en freestyle Ricardo Campello, le seul pro africain Boujmaa Guilloul du Maroc, ou le vénézuelien Diony Guadagnino. Cela peut enfin être l'Archipel paradisiaque de Nosy Hara entre les caps Anorintany et Vohilava.

La plage de Ramena à Diego Suarez, Madagascar

Certaines de ses îles, vierges de toute présence humaine, sont de véritables sanctuaires d'espèces faunistiques très protégées. D'autres ont amorcé une ouverture bien balisée au tourisme, comme Anjombavola et Andatsara dont les falaises abruptes ont tout pour conquérir les férus d'escalade. Cette dernière est équipée de tentes et de îchambresî aménagées dans les cavités des rochers !

Ainsi vit et va Diégo-Suarez où, d'après les récits de Daniel Defoe, le pirate français Misson et son compère le moine italien Caraccioli fondèrent à la fin du 17è siècle une république utopiste où bons et repentis pourraient vivre libres et égaux. Leur ville tout en bois et protégée par deux batteries de 40 canons avait été bâtie avec l'aide de 300 hommes prêtés par la reine d'Anjouan. Même le célèbre Tom Tew finit par se joindre à eux, se rangeant sous la devise "A Deo A Libertate" (par Dieu et la Liberté). Un courant né dans les années 1980 auquel appartient le critique Michel-Christian Camus a malheureusement démontré que Misson et son oeuvre n'avaient en fait jamais existé...

Texte : Thompson Andriamanoro
Photos Pierre-Yves Babelon
Remerciements à Grand Hotel Diego, Babaomby Island Lodge, Evasion Sans Frontière

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