Le canal des Pangalanes

Ampangalana "où l'on prend en charge"

Il n'est pas toujours facile de continuer ce qu'a si bien commencé la nature. Le long du littoral rectiligne de l'Est se succèdent lacs, cours d'eau et embouchures qu'en théorie il suffirait de relier entre eux pour obtenir une voie d'eau pratique et sécurisée car à l'abri des humeurs de l'océan.

Pêcheuses sur le Canal des Pangalanes, Madagascar

A partir de 1898 quatre années de travaux furent nécessaires pour ouvrir le premier tronçon d'Ivondro à Andevoranto. En 1913, la concurrence du chemin de fer qui suivait le même itinéraire jusqu'à Ambila avant de faire un coude en direction de l'intérieur ne parvint pas à étouffer les ambitions d'un "grand" Pangalanes continuant droit au Sud. Le dossier complet de percement de bout en bout fut finalisé en 1925 et reçut quelques concrétisations au gré des déblocages budgétaires par les instances coloniales. Paradoxalement, la Deuxième Guerre Mondiale fut bénéfique aux travaux du Canal car il fallait pallier la rareté des bateaux pouvant desservir la Côte Est. Après l'Indépendance, les difficultés de financement perdurèrent, mais d'importants travaux purent quant même être entrepris entre 1984 et 1991. Au fil du temps les vrais problèmes des Pangalanes s'avérèrent être les jacinthes d'eau, les branches d'eucalyptus barrant par endroit toute la largeur du Canal, l'ensablement, et des fois aussi les déchets industriels. Des quatre dragues acquises par l'Etat en 1981, celle affectée aux Pangalanes qui était immobilisée à Analampotsy près de Mananjary a fait l'objet en 2005 d'importants travaux de réhabilitation supportés par le Programme Chemonics et le Business And Market Expansion (Bamex). Sa réutilisation est confiée à l'Agence Portuaire Maritime et Fluviale (APMF). Les quelque 240 km séparant Tamatave de Mahanoro seront parmi les premiers à en bénéficier.

Le Canal des Pangalanes, Madagascar

Mananjary, une petite ville tranquille à la croisée du fleuve du même nom qu'enjambe un pont suspendu Eiffel, et du Canal des Pangalanes. La mer y est plutôt agitée, aussi préfère-t-on la contempler sagement de loin à l'ombre des filaos. Le Canal par contre est passant, avec ces pirogues parfois jumelées pour en faire un radeau. La gare fluviale est un lieu très animé où se croisent pêcheurs, maraîchers, et marchands de bois.

La Baie d'Andragnazavaka et le Lac Mahela près d'Anilavinany. C'est là que fit naufrage en 1831 Jean Laborde, futur grand industriel de la Reine Ranavalona I. Deux chaines d'ancre y furent découvertes en 1997, en parfait état après avoir séjourné un siècle et demi sous terre.

La "pierre-sanglier" (vatolambo), religieusement conservée au village d'Ambohitsara près de l'embouchure de la Fanantara. Son dos creusé en réceptacle reçoit les offrandes et les dons. Vient-elle de la Mecque ou encore selon une autre version du Mangalore? Le chloritoschiste dans lequel elle a été travaillée existe dans la région où il a beaucoup servi pour la confection de pots et de marmites. A défaut de l'avoir amenée avec eux, il est plus probable que les arabes l'aient taillée sur place suivant leur tradition. La pierre ressemble d' ailleurs plus à un éléphant, animal inconnu à Madagascar, qu'au sanglier auquel on l'a toujours comparée.

Nosy Varika, Madagascar

Les pirogues faisant office de taxi-brousse ne semblent s'accorder aucune pause dans leurs courses silencieuses. Le Canal est l'artère qui désenclave les hameaux, et permet d'écouler les produits jusqu'aux grandes agglomérations. Quelques distilleries proposent du Betsa Betsa, l'alcool local reconnaissable à son aspect crémeux. On ne sait pas trop le "statut" de cette boisson à l'arrière-goût de vin ou de cidre, à la limite du légal semble-t-il, mais qui coule à flot lors des grandes occasions. Refuser le Betsa Betsa offert par son hôte peut être senti comme un affront…

Nosy Varika, petite bourgade pittoresque mais qui a la fâcheuse manie de souvent se mettre sur la trajectoire des cyclones… Les plus hautes chutes de Madagascar celles de la Sakaleona (200 m) sont à quelque 100 km à l'Ouest. Ceux qui ont pu approcher ce joyau sont encore rares, l'accès étant particulièrement difficile.

Pêcheur sur le Canal des Pangalanes, Madagascar

Analampotsy à 15 km au Nord de Nosy Varika est en fait une série de trois grands lacs également surnommés "les lacs aux caïmans". Et nous voilà déjà à Mahanoro où toutes les journées tournent autour de la pêche. Le soleil n'est pas encore levé que les hommes rejoignent déjà leur lieu de ralliement qu'ils appellent "la Caserne". Il est bien haut dans le ciel quand ils ne sont plus que de minuscules points noirs encerclant leur zone de pêche du jour. Les retours ne sont pas nécessairement groupés. Spectacle hallucinant que celui d'un frêle esquif attendant la bonne ouverture pour se faufiler entre les vagues impressionnantes, et regagner la rive avec la calme assurance d'un professionnel…

Manambato et le mythique Lac Rasoabe peu après Brickaville, ville sucrière pouvant être desservie par les "charters" du Trans Lémurie Express au départ de Tamatave. Un superbe plan d'eau composé en fait de deux parties qui se rejoignent : le lac Rasoabe au Sud, et le lac Rasoamasay au Nord. Endroit paradisiaque dans un environnement où tout est pureté, Rasoabe est un réservoir de vivres pour les villageois tout en se prêtant de bonne grâce aux activités nautiques pour peu que l'on respecte ses “fady”. De là partent les navettes pour un autre lac, Ampitabe, et un autre paradis, Akanin'ny Nofy.

Le Canal des Pangalanes, Madagascar

Akanin'ny Nofy ou le “Nid de Rêve” est située sur une presqu'île d'environ 35 ha en bordure du troisième plus grand lac des Pangalanes. Elle a connu ses heures de gloire dans les années 60 du temps où elle était un lieu villégiature présidentielle d'une part, et régulièrement desservie par le train d'autre part. Depuis la nature a repris ses droits, et c'est justement pour cette impression d'être coupé de tout qu'Akanin'ny Nofy a ses inconditionnels. On y réapprend les plaisirs simples, et l' hôtellerie est excellente, tout… simplement !

Ici commence une des plus belles portions du Canal des Pangalanes avec sa succession de lacs, les herses des pêcheurs de crevettes, une végétation aux airs parfois "d'enfer vert" en version soft, les villages enfouis que l'on croirait se suffire à eux-mêmes s'il n'y avait le Canal les reliant entre eux et avec un autre "univers" qui a nom Tamatave, un des deux ports principaux du Canal avec Mananjary. Tamatave poumon économique de la Grande Ile où accostent cargos et porte-conteneurs du monde entier, également ville de vacances qui sait se mettre au rythme nonchalant de ses "bazary", le grand et le petit, et de ses pousse pousse.

Texte : Thompson Andriamanoro
Photos Pierre-Yves Babelon
Remerciements à Eastern Tours, Holidays Madagascar,
Les Acacias Bungalows, Le Palmarium, ORT Tamatave

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